c'est pas gentil.

Instituteur, précepteur, maître, professeur des écoles...
Non.
Je suis parfois tenté de dire "gardien de poissons rouges".
Pour avoir une idée de ce que je pense, le mieux est encore de vous faire un copier-coller d'un mail que j'ai envoyé à mes collègues .
ctrl C + ctrl V =
bin voilà, aujourd'hui, ça a été le jour de ma première gueulante.
Je me demande si je dois regretter ou pas.
Jusque là, je haussais la voix pour les récupérer, retrouver leur attention et surtout me placer au dessus de leur brouhaha.
mais là, j'en ai plein qui ont une mémoire de trois à cinq secondes (je suis sérieux) : après les avoir regardé dans les yeux et leur avoir demandé soit du calme soit de rester assis "là", ils recommencent juste après. C'est extraordinaire, assez singulier et impressionnant à voir mais ça existe.
Et là, cet après-midi, je n'avais pas d'autre choix. Ils étaient déchaînés et c'est comme si j'avais été aphone ainsi que transparent. J'ai dû crier.
Un "WAOH !!", c'est tout, mais c'est quand même ça. J'ai bel et bien eu le silence.
Enfin, j'ai une certaine prof qui aurait sûrement eu une excellente idée pour récupérer tout ça sans crier... J'aimerais bien la voir à l'oeuvre...
Merde, mais on est quand même parfois forcés de gueuler, non ?
Ce sont des enfants, des personnes - des citoyens - en formation et on est bien obligés de les recadrer, leur demander le silence. A cet âge-là, ils n'ont pas encore de libre-arbitre (ou si peu), ils sont gouvernés par leurs envies immédiates, leurs pulsions, et je doute fortement que "l'autorité" ait une signification forte pour eux. On est donc obligés, parfois, malgré eux, de crier. Si on les laisse faire (comme certains "pédagogues" semblent vouloir nous faire faire), je me demande si ces petits assimileront un jour le respect d'autrui, de l'autorité...
... je regrette ma gueulante.
L'atsem, elle, était fière de moi...
- "Il est pas gentil Christophe, hein Julie (le prénom a été modifié pour des raisons d'anonymat) ?"
- petits yeux tristes et "non" de la tête.
Elle a été contente de me relater ça...
Demain, c'est vendredi, et vendredi, ils ont un bonbon s'ils ont été gentils, rien s'ils ont été méchants (le titulaire fait comme ça).
Que faire ?
La semaine dernière, je les ai prévenus mais ils ont quand même eu la friandise car "c'est la première semaine, je suis gentil, je suis sûr que vous pouvez être super gentils et écouter", mais demain, je ne sais pas quoi faire.
- Donner un bonbon uniquement aux gentils ? Est-ce pédagogiquement acceptable, surtout à l'égard des indisciplinés ?
- Je refuse de ne donner de bonbon à personne, il y a au moins 14 gamins qui ont été gentils. Hors de question de les pénaliser eux. La punition générale, je trouve ça gerbant.
- Donner deux bonbons aux gentils, un seul aux indisciplinés ? Est-ce que les indisciplinés vont inconsciemment voir ça comme une faiblesse de ma part, "il en tient pas sa parole, j'ai été une peste et j'ai quand même un bonbon" ?
... voilà voilà.
Et ce sont des enfants, de quatre ans.
4.
Je ne parviens pas à leur en vouloir.
Leur en vouloir serait se méprendre sur eux.
Mais me laisser faire, ne plus crier, donner un bonbon à tout le monde serait pour moi synonyme de faiblesse pédagogique, et cela ne les aiderait pas, bien au contraire. Cela les conforterait dans ce comportement qu'ils ont dans leur apprentissage de la vie, du métier d'élève.
'tain, vlà que je cautionne "c'est pour ton bien"...
Faut vraiment que j'aille dormir.
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