la place, sa place, ma place

Publié le par tof



Aujourd'hui, deux élèves se sont battus.

Nous remontions dans le car qui devait nous raccompagner à l'école.
Vous le savez, les enfants veulent toujours être assis dans le fond. L'élève que nous appellerons "l'élève A" a été plus rapide que "B", il a réussi à  s'asseoir en premier au fond, contre la vitre.  B, vindicatif, lui signifie par des coups dans le dos qu'il est lui aussi vivement intéressé par cette place. A refuse. B indique alors à A qu'il souhaite se saisir de la mère de ce dernier (A), la  faire pivoter sur elle-même puis l'honorer d'une manière que la morale et la pudeur réprouvent.

(Faisons une pause. Je vous rappelle que j'ai une classe en élémentaire, et que ce ne sont pas les plus grands.)

A, ne supportant plus de se faire frapper et insulter, réplique. Une accompagnatrice les sépare, je m'empare du vindicatif B et l'isole.

En fin de journée, j'écris un mot dans le carnet de correspondance de chacun des deux protagonistes. B s'en fout, comme d'habitude. A éclate en sanglots ; il avait déjà réagi ainsi, au début de l'année scolaire, lorsque j'avais écrit un mot dans son carnet, prétextant toujours que son père allait le frapper. "Allez va c'est c'qu'ils disent tous !"





Sauf que pour A, c'est vrai.
A, il a laissé sa maman loin, au pays ; elle lui manque, et il ne peut pas supporter qu'on puisse lui manquer de respect (comme B venait de le faire). Cela a dû réveiller un tas de choses chez lui. Ne serait-ce que les larmes quand il m'a regardé puis avoué ça dans un sanglot naissant.

Mais ce qui m'a le plus marqué, c'est la peur, la colère et la détresse dans ses yeux, derrière ses larmes, quand il me disait que son père allait le frapper.





Je me suis souvenu.
Des choses vieilles d'environ vingt ans.
Je les ai revues.
Revécues.
Des choses sont remontées.

Alors j'ai décidé de le protéger.
J'ai arraché la page de son carnet de correspondance où j'avais écrit ce mot.
Comme tout le monde savait que j'avais écrit un mot pour relater l'incident, c'est ce que j'ai "refait".
Mais j'ai couvert A.
Dans ce mot, A s'est protégé pendant qu'il se faisait frapper et qu'il entendait des grossièretés à l'égard de sa mère. Point.

J'ai déchiré en petits morceaux la page dangereuse devant lui, puis l'ai jetée dans les toilettes et ai tiré la chasse d'eau.




Si je recroise son "père", je ferai mine de rien.
Je protègerai son enfant en affirmant qu'il fait des efforts, ce qui est vrai.
S'il se doute de quelque chose, il le frappera de plus belle.

Mais il ne reviendra pas.
Ce genre d'homme qui se reproduit puis bat ses enfants n'est pas digne de plus d'une minute d'attention de ma part.



Si c'était à refaire, je le referai.
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V
:-(Triste, tellement triste tout ça...
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